Le Bal Lindy Hop.

Le Bal Lindy Hop.
Marquise Knox. 10 juillet 2018. Jazz à Vienne. François Robin

Le Bal Lindy Hop au kiosque

Concert du 10 juillet 2022 à Jazz à Vienne.

Techniques mixtes sur toile. 80 x 802 cm

Le 21 mai 1927, après un vol de trente-trois heures et trente minutes, Charles Lindbergh pose son Spirit of St-Louis sur le tarmac du Bourget, devenant le premier à relier New-York et Paris en solo et sans escale – et empochant au passage la bagatelle de 25000 dollars du prix Orteig. Le « big hop » – grand saut – de Lucky Lindy donnera son nom, par plaisanterie (1), à une danse populaire pratiquée avec succès depuis quelques années dans les salles de Harlem : le Lindy Hop. Portée par la montée en puissance des big bands – ceux d’Ellington et de Basie, entre autres – l’explosion du swing est intimement liée à la danse, à la demande de divertissement d’une Amérique traumatisée par la Grande Dépression. Ainsi, le jazz va profiter pleinement de cette mode pour connaître un développement formidable. Que le festival de Jazz à Vienne, surfant sur une large vague revival, organise des bals swing (2) cette année était donc un juste retour des choses.

En panne d’accréditation, j’ai planté mon chevalet devant le kiosque de Cybèle. Si la scène est largement dédiée au concert, avec des gradins bien garnis, le kiosque est planté au milieu des tables de bistrot, à la manière d’une guinguette enchâssée dans les vestiges de la Porte d’Orange, sous un ciel de parasols et de lampions. Le combo du Birdlady Street (3) est à l’ouvrage, avec un répertoire idoine, et un format sax-guitare-contrebasse-batterie plus adapté au format de poche qu’un big band. Le swing reste le même, avec un public bon enfant qui sirote son verre en écoutant la musique. Une piste a été délimitée au scotch sur le sol, assez grande pour que les stagiaire de l’académie (4) puissent évoluer, trop petite pour que d’autres puissent s’en emparer. Les quelques spectateurs qui se sont approchés de la piste font un écran immédiat au reste du public. Pour le peintre, il faut imaginer, lire le mouvement fugitif qui passe entre les ombres, comme le paysage vu d’un train entre les arbres. Mais c’est un tableau vivant, de ciel qui s’en va, de lumières qui s’allument, de badauds  qui passent, enfants juchés sur les épaules, un cornet de glace à la main. Dans mon dos, les consommateurs bavardent, un air de vacances. C’est vrai, je l’avais oublié : le festival, pour d’autres, c’est aussi ce moment de détente où la musique fait partie d’un décor, un arrière-plan presqu’invisible, comme sur le tableau de Monet : le Bal du Moulin de la Galette. Finalement, peut-être est-ce cela aussi, peindre la musique.

François ROBIN

(1) Réponse impromptue du danseur Georges Shorty Snowden à qui un journaliste demandait le nom de sa danse.

(2) Un premier bal swing avait été organisé le dimanche précédent avec le Big Band du C.R.R. de Lyon sous la direction de Bastien Ballaz, et le combo de ce soir, sur le parterre de Cybèle, plus propice aux danseurs.

(3) Birdlady Street: Maxime Thomy au sax, Charles Paillet à la guitare, Dorian Janin à la contrebasse et Matheo Ciesla à la batterie.

(4) Le festival organise différents stages : éveil musical, brass band, big band, gospel, lindy hop, au sein de son programme « Académie ».