Kēpa. Concert au lever du jour.
Pierre noire & acrylique sur papier kraft 400g. 70x50cm
À l’ouest, il y a du nouveau. Les hauteurs des Charavelles se sont allumées les premières, une caresse d’or sur les petits champs de colza. Puis, au-dessus de Saint-Romain, le Crêt du Loup, Les Granges, et Chantemerle. Plus au nord encore, après le méandre du Rhône, on devine les contreforts des Monts du Lyonnais dans le pastel de l’atmosphère matutinale. Le paysage du Grand Canyon viennois est encore partagé entre nuit et jour, entre pâle cédrat et profond indigo. Au bord de la corniche de Pipet, on a installé les transats tant bien que mal, adossés au petit train laissé là en carafe, ruine mélancolique et incongrue qui donne à la sainte colline des allures de décor de cinéma. La fine silhouette du guitariste se découpe comme l’ombre de Lucky Luke à la fin d’un album, un Lonesome Cowboy (1) qui, pour une fois, fait face au soleil levant.
Kēpa affectionne les rendez-vous étranges, où sa musique trouve résonnance, écho, mystère, entre folk traditionnel américain et allusions cinématographiques. Grands paysages, fêlures du dobro (2), rythme clopin-clopant, il y a de la mélancolie et un peu d’autodérision aussi, une nonchalance que viennent amplifier les effets de réverbération de sa guitare. Couchés sur des matelas de rando, allongés sur les transats, assis sur les chaises de camping ou les pierres et murets, les auditeurs laissent le musicien les emmener en voyage, emmitouflés avec ce qu’ils peuvent – en pleine canicule, la fraîcheur perfide du matin en a surpris plus d’un. Lui, fait son métier de héro. Courte nuit ? Soyons sérieux, quand on a la chance de se lever pour ça, il n’y a pas à se plaindre, me répond-il. User d’humour pour fabriquer un récit, entre Lonesome Cowboy et Surfeur d’Argent.
Les héros ne sont donc jamais fatigués. Kēpa égraine sa douce mélancolie, entre vieux folk des Appalaches et saudade, emportant les auditeurs à travers l’air suspendu d’un Paris-Texas-sur-Rhône (3). Le paysage explose et mon pinceau s’est teinté d’orange. Les lunettes fumées de l’artiste s’éclairent à la naissance du soleil qui vient lentement l’entourer, rebondissant sur les cordes d’acier, auréolant sa silhouette de cavalier désarçonné (4). Privé de sa monture, il chevauche son rêve, un facétieux Jolly Jumper en forme de guitare. Pour les festivaliers venus au petit matin, cette première séquence touchera bientôt à sa fin. Pour le musicien voyageur, ce n’est qu’une page qui se tourne avant le prochain épisode. « I’m a Poor Lonesome Cowboy ».
- « I’m a lonesme cowboy », que chante Lucky Luke à la fin de chaque album, a été écrit par René Goscinny en 1958 et mis en musique par Claude Bolling en 1971. Pat Woods lui a donné définitivement sa voix nasillarde. Écouter
- Le dobro, contraction de Dopyera et de brothers (le nom de ses inventeurs) est une guitare à résonnateur très utilisée dans la musique hawaïenne, le blues, le Bluegrass et la Country. Elle a un son de casserole très caractéristique. Écouter Kēpa
- Paris-Texas, film de Win Wenders qui situe l’action au milieu du désert, est accompagné par la musique très atmosphérique de Ry Cooder. Écouter
- Un accident a mis fin aux rêves de Bastien Duverdier, skateur talentueux. En devenant le musicien autodidacte que l’on connait, il prend le nom de Kēpa.


