Deluxe & le Postmodern Jukebox. Vivante estrade.

Deluxe & le Postmodern Jukebox. Vivante estrade.

 

 

Deluxe

 

 

Théâtre antique de Vienne. Echange de sms à 19h49, 11 juillet.

Elle:       C’est quoi, ce truc au milieu du crach?

Moi:      Proscenium

Elle:     Mais encore?

Moi:      Pour que les stars avancent dans le public sans quitter la scène

Elle:      Aaahh…merci

Moi:      Service 😉

 

Effectivement, il y a ce soir un crach-barrière jardin et un crach-barrière cour. Entre les deux, une avant-scène chevauche la coursive des photographes pour s’avancer dans la fosse, retrouvant la place première de l’antique proskénion, cette estrade sur laquelle jouaient les acteurs du théâtre hellène. Pour le coup, il s’agit vraiment d’une estrade – une route-étendue si l’on se fie à ses racines latines strata sternere – le banco italien sur lequel sautent les acrobates. Sauter sur l’estrade – saltare in banco – à l’origine du mot saltimbanque. Car Deluxe, c’est d’abord un groupe de potes musiciens qui écume les bars d’Aix-en-Provence, reprenant tous azimuts les tubes du moment avec l’insouciance des autodidactes. De cette origine de musiciens de rue, ils ont gardé le sens du spectacle ambulant, un esprit forain et grandguignolesque qui a résisté au formatage du succès. Ils ont surtout gardé cette relation privilégié avec leur – jeune – public, qui a plébiscité leur musique via le site Internet Youtube et une large diffusion radiophonique. L’exercice du dessin en est forcément perturbé, mais pas l’enchantement d’une foule généreusement acquise, sautant sur les gradins à l’invite des chauffeurs successifs. Le costume, évidemment, se taille la part du lion, et les lumières itou, spectaculaires, qui renvoient sans conteste à l’art circassien et à la magie pyrotechnique. Moyens de luxe déployés autour des quelques mètres carrés explosifs de l’estrade, magie des planches qui toujours donne son sens au théâtre.

Une simple planche – un morceau de parquet pour être plus juste – c’est ce qui suffit au danseur de claquettes du Postmodern Jukebox, le collectif réuni autour du Newyorkais Scott Bradlee. Devenu une de leurs disciplines incontournables, cet art de la danse rythmique a eu ses heures de gloire au siècle dernier dans le jazz populaire et la comédie musicale. Son come-back est donc d’évidence pour ce groupe qui s’illustre dans des reprises de standards vintage, jouant lui aussi sur les costumes pour traverser un siècle de succès populaires transatlantiques. Dans un show millimétré qui ne manque heureusement pas d’une réjouissante fraîcheur, les vocalistes se succèdent, glissant au gré de leurs costumes comme défileraient les morceaux d’un juke-box Wurlitzer, de ces ovnis calandrés qui peuplaient les diners et coffees américains. Entre les prestations de ces excellents musiciens (Ah, les cuivres!), le danseur remonte sur son tapis de bois, un échantillon de la salle de bal qui, seule, manquait à la reconstitution. Plutôt que par ses cris, j’aurais aimé sentir le public virevolter dans mon dos, emmené par la frénésie de la danse, cet esprit populaire de l’allégresse qui baigne ce soir le théâtre antique. L’esprit du jazz est large, certains diraient galvaudé. Qu’importe, c’est aussi par les souliers qu’on rejoint d’autres routes. Quand la danse fait sauter sur l’estrade, la musique n’est jamais perdante.

 

Postmodern Jukebox