David Linx & le JAV Contreband. Un pays en partage.

David Linx & le JAV Contreband. Un pays en partage.
David Linx, Pascal Berne & le JAV contreband Jazz à Vienne

Crayon noir & Posca sur Kraft

 

« Racontez-moi cette histoire. Comment s’est décidée cette collaboration autour de la musique de David Bowie ?  »

Je devine le regard de David Linx derrière ses lunettes de soleil. Nous sommes assis sur deux chaises de jardin, sous la frondaison mouvante des arbres, entre les palissades du backstage bricolé pour la scène de Cybèle. Pour un peu, on s’imaginerait en vacances dans le midi.

« Je vais être franc. J’ai 57 ans, je suis compositeur et j’aime faire ma musique. Alors, pourquoi faire la musique d’un autre ? Quand j’étais chez James Baldwin (1), j’ai rencontré des géants : Miles, Teo Macero, Ella, Sarah Vaughan, Gillespie, Roy Eldrige… Si je voulais m’aventurer dans leur monde, je ne pouvais pas être dans l’ombre de quelqu’un. Il faut avoir une histoire, et il faut apprendre à la raconter. (2)« 

 « Donc, si j’ai accepté le projet, reprend David Linx, ce n’est certainement pas pour faire « comme Bowie ». J’ai accepté à cause d’une chose : les arrangements de Pascal Berne. Quand il m’a envoyé la maquette, j’ai su que j’y serais bien : des couleurs, de l’espace, un orchestre atypique et un univers vraiment jazz. Là, il y avait de la place pour m’exprimer, je pouvais vraiment être moi. »

Ce que le chanteur belge vient de décrire, c’est un pays. Une maison dans laquelle on se sent invité, avec une identité, un parfum, une musique partagée. Comment peut-on être soi dans un environnement sans chaleur, voire hostile ? L’écrivain noir-américain James Baldwin chez qui Linx a séjourné intensément, avait fini par s’expatrier à 24 ans, désespéré par la discrimination aux États-Unis. À St-Paul-de-Vence, où il avait trouvé refuge, ses amis musiciens s’installaient pendant les festivals de jazz. Quand on le peut, on choisit son pays. Quand on l’aime, on l’offre à ses amis.

Pascal Berne est de ces bâtisseurs patients, qui savent l’importance des fondations, la connaissance de la terre et de ceux qui l’habitent. Il sait construire avec finesse et invention, deux qualités indispensables pour nourrir l’orchestre du JAV Contreband (3), un ensemble mouvant, composé de (très) bons amateurs, mais aussi de musiciens professeurs qui trouvent là un espace pour pratiquer leur passion. Ce sont des gens du coin, mais qui n’auraient pas forcément trouvé de connivence en dehors de l’orchestre. Pourtant, l’arrangeur les décrit comme « un petit miracle ». Des très classiques cordes au brass band, en passant par les bois, tout ce petit monde donne sa couleur autour d’une solide rythmique jazz en recherchant une identité commune, ce signe de reconnaissance échangé entre voyageurs. Échappés de leur autre vie, ils se rendent disponibles à un moment pour être à cet endroit là : leur pays. Et leur pays a de l’espace ! Un paysage ouvert et coloré dans lequel David Linx évolue en généreuse confiance –  » j’aime être invité ! « – laissant s’exprimer son talent sans retenue, évoluant dans cette maison commune comme un familier, la voix puissante ou mutine, sonnant comme on réveille le matin ou chuchotant comme au coin du feu, épluchant les châtaignes tandis que l’enfant s’endort. Et il raconte. Il raconte parce que c’est son métier de chanteur de jazz, souple et enjôleur, espiègle et fanfaron, puissant et feutré tout à la fois. Quelle importance, alors, la musique de Bowie – « Elle donne beaucoup d’espace », dit d’elle Pascal Berne. Comme un voyageur qui met l’histoire à sa sauce, le chanteur donne sa vérité, sans vergogne. Parce que ce soir, il est invité. Et David Bowie aussi, finalement, à travers lui.

François ROBIN

 

(1) Né en 1924 à Harlem, l’écrivain James Baldwin militera toute sa vie contre la discrimination aux États-Unis. Il aura une grand importance dans la conscience des Droits Civiques en Amérique, et dans la vie de David Linx.

(2) Lire l’entretien avec Jacques Prouvost, Citizen Jazz, publié le 22 mai 2006

(3) Créé il y a 30 ans avec l’école de musique de Valence, le Jazz Action Valence Contreband accueille des amateurs passionnés, excellents musiciens. L’orchestre collabore régulièrement avec des artistes prestigieux : Médéric Collignon (trompette & voix), Christophe Monniot (sax), Jean-Charles Richard (sax), Benoît Sourisse (orgue), François Thuillier (tuba), Thomas De Pourquery (sax & voix), Anne Sila (chant), Sandra Nkaké (chant)… et David Linx, donc.

 

David Linx craie couleurDavid Linx, craie couleur sur Kraft noir

David Linx & le JAV ContrebandDavid Linx & JAV Contreband craies couleur sur Kraft noir