Contrebasse Tribute n° 15

Contrebasse Tribute n° 15

Petit feuilleton amoureux sur la création d’une contrebasse.

Épisode 15, le 15 juillet 2016 : La touche. Avec la participation de Jean-Paul GOUTTENOIRE.

 

Touche collageRien ne semble moins simple qu’une touche, cette longue pièce d’ébène collée sur le manche. Et pourtant! Certes, le premier observateur remarquera qu’elle est plus étroite au sillet – la première barrette au sortir des cordes à la tête – qu’en approchant le chevalet, au bout du diapason. Mais en fait, c’est toute la géométrie de la touche qui change de bas en haut. Pour éviter toute confusion, oublions le cours de guitare sommaire de Bobby Lapointe – « Les cordes du haut s’appellent les basses… » – et rappelons que pour un instrument, la hauteur s’applique à la hauteur du son – aigus et graves – et non à la position géographique sur l’instrument. Ainsi, lorsqu’un contrebassiste tient son instrument dans le sens commun (vertical, tête en haut), le haut de la touche se trouve en bas.

gougi-touche-contrebasse-5-cordes-135059La touche change donc de section sur toute sa longueur. Contrairement à la guitare classique qui utilise une touche plate, favorable au jeu mélodique au doigt, la contrebasse doit permettre le travail à l’archet en haut (près du chevalet) ce qui oblige un arrondi – appelé le radius – pour passer d’une corde à l’autre sans confusion. Dans l’absolu, on pourrait considérer qu’un contrebassiste jazz qui n’utiliserait que le pizzicato n’aurait pas besoin d’un radius et préfèrerait une touche plate, plus commode pour la précision du jeu mélodique. Mais la différence de grosseur des cordes graves ou aigues oblige aussi à un arrondi au bas du manche (près de la tête) pour mettre les cordes à égale distance de la touche et des doigts. C’est aussi plus confortable à la morphologie de la main, dans une partie du manche où celle-ci voyage beaucoup, la distance entre les notes étant plus espacée. Sur la partie arrière du manche, le même dilemme se pose pour l’arrondi de la poignée: roman ou gothique? Une poignée en anse de panier est plus confortable au jeu mais donne une sensation d’épaisseur en main. La forme en ogive est plus fine, mais plus gênante pour la précision en haut de la touche. Le manche est donc laissé le plus épais possible (cela reste tout de même de l’ordre de quelques millimètres) pour pouvoir l’adapter au désir de son propriétaire. Plus facile d’enlever du bois que d’en remettre.

Enfin, le luthier procède au redressage de la touche qui consiste – comme son nom ne l’indique pas – à la creuser légèrement d’une courbe régulière afin d’éviter que la corde ne « frise », c’est à dire que sa longueur laissée libre – et déterminant donc le son – ne frotte sur le haut de la touche. En augmentant le creux, on dégage ainsi l’espace nécessaire à la bonne vibration de la corde. On le voit, le façonnage de la touche tient donc du compromis. Bien difficile de trouver la forme universelle: elle dépend du jeu et du caractère de chaque musicien: jeu à l’archet ou en pizzicato voir en slap, jeu mélodique ou harmonique, sensation de confort de la poignée, etc. L’idéal, c’est donc le « sur mesure ». Demandez donc à ceux qui savent: offrez-vous le service d’un luthier!

 

Voir le blog d’AltiCelli

 

Le contrebassiste du jour.

Jean-Paul GOUTTENOIRE

J’ai déjà 50 ans de contrebasse au compteur ! j’ai côtoyé une multitude de musiciens de tous bords dans de nombreux orchestres et formations, plus d’un millier de concerts et toujours la même passion pour notre instrument… J’ai eu la chance de jouer toutes sortes de musiques : répertoire symphonique, oratorios (messes, passions, requiems), sonates et musique de chambre, jazz new-orleans, jazz moderne, jazz manouche, tango argentin, chanson française… La semaine dernière au Kiosque de Cybèle j’étais avec mon quartet « Bronxtet », nous avons joué exclusivement des compositions de notre pianiste François de Larrard, elles sont très bien écrites et certains thèmes réservent de beaux chants à la contrebasse en pizz ou à l’archet…

Sa contrebasse

Ma contrebasse : une « Fustier-Mentec » (Jacques et Joël tous deux hélas disparus) sortie de l’atelier pour moi en 1976 et qui ne m’a jamais quitté, c’est une de ces contrebasses dites « Firminy » ! Patrick Charton l’a toujours suivie, il a réalisé et réussi d’importantes améliorations : la reprise des épaisseurs qui s’avérait indispensable, la modification du renversement avec un nouveau manche (d’où la tête de lion qu’elle n’avait pas à l’origine), un nouveau vernis, etc. Je la trouve belle et facile à jouer, un beau son équilibré dans toute la tessiture, une bonne projection. J’ai également la chance de jouer un archet de Jean-Jacques Augagneur qu’il a façonné et réglé « à ma main ».

Son contrebassiste préféré

Mon contrebassiste préféré : NHOP (pour les non-initiés: Niels-Henning Ørsted Pedersen) sans aucune hésitation… je l’avais vu notamment ici à Vienne en duo avec Joë Pass, un moment magique !

Les vrais coups de cœur de ma jeunesse comme Slam Stewart, Paul Chambers, Red Mitchell, Ray Brown… les inclassables universels comme Joëlle Léandre, François Rabbath, Renaud Garcia-Fons… et beaucoup d’autres, en n’oubliant pas quelques merveilleux concertistes classiques…

Son concert coup-de-cœur

Tous les concerts d’Avishai Cohen évidemment. Si vous en voyez passer un près de chez vous, ne le loupez pas!

L’écouter, voir son site:

http://www.bronxtet.fr/