Angélique Kidjo & Roberto Fonseca . Cousines et descendances.

Angélique Kidjo & Roberto Fonseca . Cousines et descendances.

Roberto Fonseca & Eliades Ochoa

 

On a beau savoir qu’Afrique et Amérique étaient jadis rassemblées sur une même Pangée, on peut légitimement s’étonner que la Béninoise Angélique Kidjo puisse réincarner la Cubaine Célia Cruz. Effacer ainsi deux cents millions d’années de dérive des continents est une ambitieuse mission, un grand écart qui appelle une particulière souplesse. Mais Angélique s’est fait une spécialité de ces commémorations, avec déjà deux éditions à Vienne – Nina Simone et Myriam Makeba – dans une quête qui semble guidée par deux étoiles: la négritude et l’admiration des femmes de combat. Dans cette sororité, les origines modestes d’ Úrsula Hilaria Celia Caridad de la Santísima Trinidad Cruz Alfonso alias Celia Cruz ne pouvaient qu’inspirer la native de Cotonou, qui pérégrine depuis longtemps déjà à la recherche de ses sources et rassemble en un même tissage ses cousines de par le monde. Force est de constater que le costume lui va comme un gant. Sans pour autant effacer le timbre immédiatement reconnaissable de sa voix pleine, tranchante et habitée, elle se réapproprie pleinement le répertoire de la Reine de la Salsa, aidée par l’explosif percussionniste Pedrito Martinez, généreux entremetteur de celle qui relie depuis toujours Cuba au continent africain: la danse.

Car Cuba ne serait sans la danse. Ni la musique cubaine sans l’appel frénétique des percussions, cette passion pour les rythmes déhanchés qui chahutent immanquablement nos européennes paresses. En réponse au feu béninois, le pianiste cubain Roberto Fonseca n’est pas en reste. Souplesse féline, dans le verbe comme dans le corps, il s’impose en taxi-driver subtil, appelle ses invités – le guitariste Eliades Ochoa et la pétulante chanteuse havanaise Daymé Arocena – et ses musiciens – excellents! – pour relancer encore et encore la fête. On en vient à oublier la finesse de sa musique, plus enchanteresse que jamais, qui sans se départir d’une constante élégance rameute des fragrances anciennes avec la maîtrise des grands parfumeurs. Touchante gémellité que cet esprit de famille défendu par les deux artistes de ce soir. Ils anticipent par la musique un retour aux sources qui va de soi: à force de dériver à la surface du globe, les continents séparés de notre histoire commune se retrouveront forcément un jour. Pour certains, c’est déjà fait.

Angélique Kidjo