Fatoumata Diawara & Angélique Kidjo. Les mères.

Fatoumata Diawara & Angélique Kidjo. Les mères.
Marquise Knox. 10 juillet 2018. Jazz à Vienne. François Robin

Fatoumata Diawara.

 

« Bonjour Tonton ! »

Corine m’embrasse avec tendresse, tout sourire. À ses côtés, sa fille me dévore des yeux.

« C’est François, un grand ami de Papi. Il me connait depuis que je suis toute petite, tu sais, c’est lui qui dessine. »

En Afrique, les enfants appellent tout le monde « Tonton ».

Corine est la troisième d’une grande fratrie que j’ai connue lorsqu’ils étaient enfants, et j’avoue avoir été un peu surpris, la première fois que je les ai revus, par cette marque d’affection toute particulière. Je connais François, le papa camerounais, depuis longtemps, alors que j’étais étudiant à Paris. Avec lui, nous avons beaucoup fait de musique. Du gospel, ce qui était notre portail commun, mais aussi du jazz, auquel il m’a initié. Nous nous sommes ensuite perdus de vue, mais lorsqu’il a épousé une Ardéchoise, il m’a invité à son mariage, et nous avons repris la musique. J’ai vu arriver ensuite un à un tous ces petits métis. Lorsque nous répétions dans le sous-sol de la grande maison familiale, ils venaient toujours écouter à un moment ou un autre, et grimpaient sur nos genoux. Une grande famille dont nous faisions partie, avec ma femme.

On dit qu’en Afrique, il faut tout un village pour élever un enfant. Il faut aussi toute la planète pour que l’humanité puisse grandir.

Les soirées estampillées « Afrique » au festival de Jazz à Vienne ont toujours la cote. Un air de voyage, d’exotisme, de lointaines vacances, de fête aussi, l’occasion de renouer avec ses racines pour certains. Couleurs, costumes, énergie, le combo fonctionne toujours. Le costume, Fatoumata Diawara en fait une affaire personnelle (1), une façon d’afficher sa personnalité, sa différence, son droit à déranger sans état d’âme. Quand elle danse – ce qu’elle fait toujours – elle est à la limite de la transe, une enfant qui se fiche des convenances. Il faut montrer la beauté des femmes, d’Afrique ou d’ailleurs. Une beauté qui rayonne autour de soi, qui passe par la voix, la musique – sa guitare, compagne indispensable ! – et par son engagement pour l’enfance. Une sœur ou une mère pour toutes les autres. Une mère qui prend aussi le relais des femmes qui l’ont précédée, en premier lieu Angélique Kidjo qu’elle appelle sa Grande-Sœur, sa Mère. La Béninoise elle aussi invoque la Mama Africa - Myriam Makeba - dont elle reprend le tube Pata Pata, mais elle parle moins que d’habitude de ses engagements, préférant la force de sa voix, toujours tranchante comme une lame. L’une et l’autre donnent à écouter la musique d’une Afrique plus contemporaine, plus internationale, reprenant certains tubes universels – Imagine, de Lennon ou No Woman, no Cry, de Marley – histoire de raccrocher l’Afrique à une universalité qui voudrait faire chambre à part, histoire de nous faire comprendre que la libération de la femme n’est pas qu’un problème africain, celui d’un continent qu’on imagine encore et toujours sauvage.

Face à elles le théâtre danse aussi, entrainé par l’énergie de l’Afrique toujours en devenir. Il faut tout un village pour élever un enfant, rappellent les Mères africaines, et on aurait tort de croire que notre vieille Europe n’est pas concernée. Les hommes tout autant, d’ailleurs.

  1. Voir le reportage de Brut sur Fatoumata et les costumes

 

 

Marquise Knox. 10 juillet 2018. Jazz à Vienne. François Robin

Concert d’Angélique Kidjo, le même soir.

Crayon & aquarelle sur carnet

Marquise Knox. 10 juillet 2018. Jazz à Vienne. François Robin

Fatou danse